L'analyse de pratiques professionnelles, un outil au service de la robustesse
Céline Léon, 9 février 2026
Les salarié·es du secteur public et associatif auprès desquels j'interviens dans le cadre de groupe d'analyse de pratiques, travaillent très souvent dans des contextes professionnels tendus : surcharge de travail, polyvalence exacerbée, manque de moyens humains, manque de financement... Comment alors prendre soin de soi, du collectif de travail et réaliser un travail de qualité ? Pour répondre à cet enjeu, un des moyens privilégiés en psychologie de travail est d'instaurer un dialogue sur l'activité, les façons de faire, les ficelles du métier et ses difficultés.
Une invitation à ralentir
Dans cette perspective, les séances d'analyse de pratiques professionnelles constituent un levier collectif puissant pour prendre du recul sur ses tâches quotidiennes, identifier les obstacles et les voies possibles de transformation. Prendre le temps de l'analyse collective opère une mise à distance, voire une mise en pause, des différentes formes d'injonction à l'immédiateté, à la productivité, à la performance... Car bien souvent les professionnel·les qui sont soumis·es à ces injonctions s'enlisent dans un mouvement d'auto-accélération et de sur-adaptation qui peut les conduire à l'épuisement et à l'usure. Se dégager de la saturation mentale devient alors un enjeu crucial pour préserver sa santé et continuer à faire un travail de qualité.
Oeuvrer pour la robustesse
Les temps d'analyse de pratiques constituent une invitation à oeuvrer sur le registre de la robustesse du travail et pas sur celui de la performance, ce dernier étant voué à l'échec dans un monde instable. Je m'appuie ici sur les travaux d'Olivier Hamant, chercheur en biologie et biophysique, proposant un modèle sociétal qui s'inspire du vivant. La robustesse, contrairement à la résilience, n'impose pas à l'être humain de s'adapter coûte que coûte à un contexte de travail délétère. Elle invite plutôt à rechercher les marges de manoeuvre pour faire évoluer ce contexte et son propre positionnement, au travers de la discussion et de la controverse avec d'autres exerçant le même travail ou auprès d'un même public. Cela nécessite de prendre du temps pour la parole, pour la réflexion, pour l'élaboration... de se poser les bonnes questions au lieu de se précipiter sur des solutions.
Ouvrir le champ des possibles
Par le biais de situations présentées dans le groupe, l'analyse de pratiques professionnelles permet le partage d'expériences, l'analyse de son ressenti et de sa posture professionnelle. Les séances ouvrent des perspectives en multipliant les options, en enrichissant les interactions, les liens aux autres et en nourrissant la coopération plutôt que la compétition. Ces temps, comme des parenthèses fécondes, offrent l'occasion de se demander ce qui est important pour soi dans ses missions, et de débattre avec d'autres des contraintes et de ce qui définit un travail bien fait. J'observe alors comment dans un contexte fluctuant et incertain, l'analyse de pratiques aide à retrouver une liberté de mouvement, de la créativité, à ouvrir le champ des possibles et à renouer avec un engagement individuel et collectif plus sain dans le travail.

Quelques idées pour poursuivre la réflexion
- Travaux sur la robustesse d'Olivier Hamant, dont « Antidote au culte de la performance, la robustesse du vivant », Editions Gallimard, 2023.
- Travaux sur le concept d'auto-accélération de Christophe Dejours, dont « Travail usure mentale », Editions Bayard, 2015.
- Travaux sur les transformations du travail de Céline Marty.
- Travaux de Marie Pezé, dont le réseau souffrance au travail.