Comment en tant que femme dans une société patriarcale s’accepter, et au delà comment s’aimer ? Dans un système qui dévalorise systématiquement ce qui relève du « féminin », ou le valorise superficiellement pour mieux le dénigrer, il est difficile en tant que femme de cesser de se dévaloriser, de se critiquer, d’avoir honte… Des normes sociales assignant les femmes à une façon d’être et de se comporter sont intériorisées très tôt dans l’enfance. Puis ces normes se manifestent presque quotidiennement à l’âge adulte au travers d’une voix intérieure hypercritique. Cette voix nous souffle des injonctions impossibles à tenir : que l’on ne fait pas assez ou pas comme il le faudrait, qu’on en fait trop, qu’on doit rester à sa place, qu’on doit être aidante, s’affirmer tout en restant discrète et surtout ne pas manifester sa colère…
Je rencontre beaucoup de femmes qui souffrent de subir ces injonctions et qui cherchent à s’outiller pour se sentir mieux, être en paix avec elle-même, s’autoriser à faire ce qui leur plaît… La thérapie féministe contribue à déconstruire ces mythes qui alimentent la culpabilisation des femmes, et à leur permettre de reprendre du pouvoir sur leur histoire. Nous explorons pas à pas ces injonctions et ces contraintes, souvent inconscientes, afin de les identifier et de s’en libérer le plus possible. Cette exploration est un chemin qui donne de la force et du courage. Car souffrir du patriarcat n’est pas une fatalité.
L’impact du patriarcat sur la santé mentale
Revenons un peu sur cet environnement et cette culture toxiques qui poussent les femmes à l’auto-critique permanente, voir à la haine de soi. Dans un système patriarcal, les femmes sont jugées en permanence. Nous sommes toujours trop ou pas assez quelque chose. Ces jugements permanents sur notre apparence, notre façon d’être et notre caractère ont des conséquences sur notre bien être. La socialisation genrée pousse aussi les femmes à sacrifier leurs besoins et leurs désirs pour combler ceux des autres. Tous ces mécanismes ont des conséquences très concrètes et une multitude de faits témoignent que nous baignons littéralement dans un environnement sexiste : micro-agressions, violences (sexuelles, conjugales, au travail…), inégalités économiques, charge mentale.
Cela a un impact direct sur notre santé : fatigue, épuisement émotionnel, perte d’estime de soi, sentiment d’insécurité, irritabilité, mal-être… Reconnaitre ces faits accablants est une nécessité. C’est ce que l’on appelle la conscientisation. Et c’est la première étape, il s’agit ensuite de prendre soin, de résister et de renverser la table. C’est à dire de pouvoir dire non, de se protéger et de se défendre.
Ne vous résignez jamais
J’ai eu la chance de rencontrer Gisèle Halimi à l’occasion d’une Fête de l’humanité, et elle m’avait dédicacé un livre qui s’intitule «Ne vous résignez jamais». Cette phrase résonne souvent comme un mantra dans ma vie. Elle guide aussi mon travail en tant que psychologue. Et je vois grandir une communauté de thérapeutes situé·es et engagé·es qui partagent les mêmes convictions et valeurs.
Dans mon activité thérapeutique, je mobilise et recherche en permanence des outils et concepts qui permettent de renforcer l’estime de soi, de cultiver à la fois la douceur et la force. Parce qu’il est tout aussi important de soigner ses parts blessées, que de développer le pouvoir d’agir et l’autodétermination.
Se libérer est un combat qui passe par un travail de conscientisation, d’auto-compassion et de décisions. Et ce combat n’est pas solitaire, il est collectif, il est social et il est puissant. Force à nous !