La tristesse est une des émotions les plus « mal aimées ». Les injonctions à la bonne humeur sont tellement fortes qu’on se sent obligé de porter un masque et d’enfouir sa tristesse. Et puis ne pas montrer que l’on éprouve de la tristesse, c’est aussi perçu comme une preuve de courage, de force et de contrôle. C’est ce que l’on appelle la « positivité toxique ». Toxique car elle nous enjoins à fuir, cacher, refouler les émotions connotées négativement.
Or il n’y a rien de blâmable ou de honteux à éprouver et à manifester de la tristesse, car elle est inhérente à notre condition humaine. Sans tristesse, on n’a accès qu’à une partie de soi. Elle aide à se connaître en profondeur, à prendre soin de ses besoins et in fine à se sentir mieux.
C’est quoi en vrai la tristesse ?
La tristesse est le signal que nous subissons une perte ou une déception. Elle nous met face à notre impuissance et à notre absence de maitrise d’une situation.
La tristesse peut être liée à un événement spécifique comme un deuil, une rupture amoureuse ou amicale, un accident ou un échec professionnel. Parfois, elle est aussi la conséquence de besoins non satisfaits, d’une accumulation de difficultés, d’une perte de sens ou du fait d’assister à la souffrance d’autrui.
Faut-il ravaler sa peine ? Ne serions nous pas plus heureux·es en lui laissant plus de place ? Et si on s’entrainait à mieux côtoyer la tristesse pour être plus authentique et mieux outillé·e pour faire face aux épreuves de la vie ?
Que faire avec la tristesse ?
Comme pour les autres émotions « mal aimées », nous avons le mauvais réflexe de vouloir la fuir et l’anesthésier. Or ce n’est pas parce que l’on accepte sa tristesse que l’on va plonger dans la dépression, c’est au contraire le refoulement de la tristesse qui peut entraîner des troubles plus persistants.
Pour commencer, il est nécessaire de ne pas assimiler sa personnalité toute entière à la tristesse. Eprouver cette émotion ne fait pas de moi quelqu’un de triste ou de faible. Cela fait de moi une personne qui traverse un moment difficile et qui par cette épreuve, va mieux se connaître, et qui, peut-être, va évoluer en ayant plus de force.
Voilà ce que l’on peut essayer de faire avec la tristesse :
1. Tout d’abord essayer d’observer : que se passe-t-il dans le corps ? qu’est ce que l’ont ressent en terme de sensations physiques ? des tensions ? du vide ?
2. Essayer ensuite de l’exprimer avec des mots en parlant avec quelqu’un de proche, ou par le biais d’autres formes d’expression comme l’écriture, le dessin, ou la musique. Laisser couler les larmes peut aussi permettre de faire baisser la tension émotionnelle en produisant des endorphines.
3. Accueillir la tristesse, prendre le temps de l’honorer et de se laisser traverser par cette vague. Ce qui fait le plus mal ce n’est pas la tristesse, c’est le combat que l’on livre contre elle. Elle nous invite à nous retirer un moment de l’action pour élaborer et ressentir, car la tristesse est une émotion qui prend beaucoup d’énergie.
4. Faire preuve de compassion envers soi-même, comme on le ferait avec un·e ami·e qui vit la même expérience. Cela veut dire essayer de se parler et de se traiter avec bienveillance. Identifier et puiser dans des sources de réconfort : la marche, le sport, la lecture, la nature…
5. Quand cela est possible, agir à nouveau. Faire sans ce que l’on a perdu, ou sans ce que l’on désirait… Finalement, renaître à soi-même, comme avant et pas tout à fait pareil. Comme partout dans la nature : tout se transforme.
Et si la tristesse devient une dépression ?
A l’instar des autres émotions, la tristesse ne dure pas indéfiniment. Elle a aussi plusieurs niveaux d’intensité : mélancolie, chagrin, abattement, déprime… Si elle se prolonge et prend des formes plus intenses, elle peut nécessiter l’accompagnement par un·e professionnel·le. Par exemple, le soutien ponctuel à travers une psychothérapie peut aider d’une part à comprendre quels besoins ne sont pas satisfaits, quels blocages empêchent d’avancer et d’autre part, à transformer des schémas devenus inopérants ou nocifs.